Atelier ATI by ArtMéssiamé

SAVOIR TRANSMETTRE EFFICACEMENT SON INTÉRÊT POUR LES ARTS VISUELS

Intervention pour l’association Atelier ATI — Lomé, Togo

En novembre 2022, j’ai eu le plaisir d’intervenir à Lomé, au sein du Musée Paul Ahyi – Agnassan, auprès d’étudiants, de jeunes curateurs, écrivains et journalistes, dans le cadre de la résidence ArtMéssiamé portée par l’association Atelier ATI.

Cette rencontre autour du thème « Savoir transmettre efficacement son intérêt pour les arts visuels » était l’occasion de réfléchir à une question qui me paraît essentielle : comment mieux faire connaître l’art et celles et ceux qui le font vivre ?

Au Togo, comme ailleurs, le secteur artistique participe à la richesse culturelle mais également au paysage économique du pays. Pourtant, les artistes, les professionnels et les initiatives qui constituent cet écosystème restent encore trop peu visibles.

L’un des enjeux était donc de réfléchir aux moyens de valoriser les arts visuels et les plasticiens au Togo, mais aussi de mieux

Transmettre, c’est construire un regard

S’intéresser aux arts visuels ne signifie pas uniquement regarder une œuvre ou rendre compte d’une exposition. Il s’agit aussi de développer un regard, de construire une connaissance et de trouver les mots pour partager cet intérêt avec d’autres.

Pour celles et ceux qui souhaitent écrire sur l’art, une première étape consiste à choisir une ou plusieurs disciplines et à s’y consacrer. Cette spécialisation permet progressivement de développer une expertise et d’identifier les artistes dont les démarches méritent d’être suivies et présentées.

Il est également important de constituer une sélection d’artistes, de prendre le temps de connaître leur travail, leurs parcours, leurs recherches et les contextes dans lesquels leurs œuvres prennent sens.

La manière de transmettre compte tout autant que le contenu. Une approche peut être didactique, comique, ironique, satirique ou plus analytique. L’essentiel est de trouver une tonalité qui corresponde à son regard et à sa personnalité.

La sincérité est essentielle : elle se ressent dans la manière dont on parle d’une œuvre, d’un artiste ou d’une exposition.

Journaliste, critique d’art : deux regards, deux fonctions

Cette intervention a également permis de distinguer deux postures complémentaires.

Le journaliste diffuse l’information. Il rend compte de l’actualité, présente les événements, les artistes et les initiatives qui font vivre le secteur.

Le critique d’art analyse et donne son avis. Il développe un regard personnel sur les œuvres, interroge les démarches artistiques, les contextualise et propose au lecteur une lecture qui va au-delà de la simple information.

Dans les deux cas, il existe une responsabilité importante : contribuer à donner de la visibilité aux artistes et à faire comprendre les enjeux d’une scène artistique.

Faire connaître celles et ceux qui font l’art

Cette réflexion rejoint directement ma propre pratique de curatrice.

Mon rôle ne se limite pas à sélectionner des œuvres ou à construire des expositions. Je considère également la curation comme un travail de mise en relation, de transmission et de valorisation.

Faire connaître un artiste, c’est donner à voir son travail mais aussi permettre au public de comprendre sa démarche, son univers et les questions qu’il soulève.

C’est dans cette perspective que j’aborde les scènes artistiques africaines et notamment la scène togolaise : avec l’envie de contribuer à une meilleure visibilité des artistes, des professionnels et des initiatives qui la composent.

L’art comme secteur à valoriser

Au-delà de la création et de l’exposition des œuvres, il est important de considérer l’art comme un véritable secteur, avec ses artistes, ses critiques, ses journalistes, ses commissaires d’exposition, ses médiateurs, ses institutions, ses associations, ses collectionneurs et ses différents publics.

Mieux transmettre l’intérêt pour les arts visuels, c’est donc aussi contribuer à mieux structurer et valoriser leur écosystème.

Cette intervention auprès de l’Atelier ATI s’inscrivait ainsi dans une démarche qui m’est chère : transmettre, partager des outils, encourager les regards et contribuer à faire circuler les œuvres, les idées et les artistes.

La résidence ArtMéssiamé portée par Juliette Delecour, Juliette Corne, Lise Poncet et  Ferdinand Makouvia, est  pensée comme une plateforme d’échanges entre artistes togolais et artistes issus des écoles des Beaux-Arts en France et ailleurs. Elle portait précisément cette ambition de rencontre, de transmission et de dialogue autour de l’art contemporain.

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